Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 14:04

 

 

Seringue.jpgRisques mentaux de l'anesthésie

Tout le monde connaît des personnes qui leur ont raconté qu'un de leurs parents, après une opération chirurgicale ayant nécessité une anesthésie, n'était plus le même, qu'il avait beaucoup diminué mentalement. Il est même possible que vous ayez vous-même été touché de près par ce genre d'« accident ». Les troubles se manifestent le plus souvent par un ensemble de symptômes touchant les domaines suivants : orientation, mémorisation, calcul et attention, langage parlé et écrit...

 

Le point sur les données biologiques

Une nouvelle étude publiée en octobre 2011 dans la revue « Anesthesiology » indique que les anesthésies et les opérations entraînent une augmentation de la concentration des biomarqueurs de la maladie d'Alzheimer chez les patients concernés. Le mécanisme serait lié à l'inflammation neurologique qui suit ce type d'interventions. Les modalités d'anesthésie joueraient un rôle important dans l'ampleur de l'inflammation.

 

La Haute Autorité de santé indique d'ailleurs précisément que les anesthésies générales et les interventions chirurgicales sont des facteurs déclenchants de la confusion chez la personne âgée.

 

Conscients de cela, les spécialistes de l'anesthésie répondent qu'il convient de distinguer la confusion à court terme et la confusion à long terme. Ils mettent très justement en avant que, si après l'intervention, la confusion chez un certain nombre de personnes soignées augmente, ce n'est pas le cas de toutes les personnes. Ils mettent également en avant le fait que pour un nombre important de personnes atteintes de confusion, les troubles seront passagers et disparaitront au bout de quelque temps. Ils distinguent aussi les types d'opérations chirurgicales entre, notamment, les interventions cardiaques, engendrant plus de risques, et les autres opérations qui entraînent, quand c'est le cas, des confusions temporaires. En outre, ils séparent les différents modes d'anesthésie et notamment les anesthésies générales et les anesthésies loco-régionales...

Enfin, ils attirent l'attention sur le fait que plus la personne est âgée, plus le risque de confusion post-anesthésie est élevé.

 

Voyons tout ceci plus en détail.

 

L'étude de 2011

Il faut indiquer d'une part que cette étude est la première qui arrive à la constation d'une augmentation des biomarqueurs de la maladie d'Alzheimer et d'autre part qu'elle a été réalisée sur un très petit échantillon de patients. Sa force probante est, dans l'absolu, limitée. Néanmoins, elle vient confirmer un faisceau d'indices pré-existants et ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les meilleures façons de conduire les anesthésies et les opérations, recherches qui n'aboutiront pas dans l'immédiat.

 

La Haute Autorité de Santé (HAS)

L'anesthésie est un des très nombreux facteurs déclenchants de confusion (la HAS en recense plus d'une trentaine). C'est loin d'être le seul facteur et il peut souvent se produire que d'autres facteurs, moins visibles souvent, arrivent en même temps qu'une anesthésie. Tous ces facteurs conjugueront leurs effets pour aggraver la confusion.

 

Confusion à court et à moyen terme

Il convient de noter que lors d'études réalisées sur près de 3.000 patients, on a démontré que si des troubles confusionnels existaient chez beaucoup de patients (un quart des patients dans la semaine qui suit l'anesthésie), les capacités rentraient dans l'ordre progressivement (10% de trouble après trois mois et 1% après 2 ans). Certes, les problèmes peuvent être durables (ils ne sont pas systématiques puisque les trois quarts des patients ne sont pas touchés) mais, chez des personnes en santé mentale correcte, ils disparaissent progressivement.

L'anesthésie peut par contre être un révélateur de troubles qui étaient latents et qui n'avaient pas été diagnostiqués jusque là et les observateurs attribueront à l'intervention les problèmes qui, de toute façon, seraient intervenus un peu plus tard.

 

Interventions cardiaques

Pour des raisons non totalement explicitées (fibrillation, intervention sur les valves, antécédents d'accidents vasculaires cérébraux, fièvre, âge, oxygénation...), les interventions cardiaques entraînent des risques de confusion beaucoup plus importants que les autres opérations chez les patients concernés. Elles nécessitent des précautions particulières sans pour autant garantir une parfaite inocuïté.

 

Types d'anesthésie

Si on sait que les anesthésies générales entraînent des troubles confusionnels, la plupart du temps transitoires, il n'apparaît pas d'avantage particulier à effectuer des rachianesthésies (injection directe d'anesthésiant dans le liquide baignant la moelle épinière) par rapport aux anesthésies générales.

Par contre, il semble que les anesthésies loco-régionales (anesthésie locale d'un territoire desservi par un ou plusieurs nerfs), qui présentent l'avantage de ne pas (ou beaucoup moins) concerner le système nerveux central, entraînent moins de troubles confusionnels, en tout cas à court terme.

Il semble également, mais cela ne fait pas l'unanimité, que les interventions courtes aient moins d'impact.

Il apparaît surtout que les interventions ambulatoires soient considérablement moins agressives (quasiment aucun impact selon certaines études) sur le plan de la confusion que les interventions nécessitant une hospitalisation.

 

Que faire, alors ?

Si une intervention est nécessaire, il vaut mieux la faire rapidement plutôt qu'attendre quelques années plus tard quand la personne sera plus âgée et plus fragile, puisque l'âge est un facteur déterminant.

Il convient de préférer les interventions ambulatoires aux hospitalisations complètes et les anesthésies loco-régionales aux anesthésies générales.

Il faut aussi se rappeler que, chez une personne en bonne santé mentale, les symptômes de confusion disparaîtront progressivement, dans la plupart des cas, avec le temps et que cela peut prendre plusieurs semaines et parfois plusieurs mois. Un accompagnement du patient peut être nécessaire et utile pour accélérer le retour à l'équilibre.

Il faut enfin savoir que l'anesthésie risque d'être un révélateur chez une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer et que la confusion liée à l'intervention ne fera que précéder un déclin lié à la maladie.

 

Là encore, la nature ne nous a pas tous faits égaux et ce qui n'entraînera aucun trouble chez certains anesthésiés pourra amener des difficultés importantes chez d'autres...

 

 

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Par Luc Lallemand - Publié dans : Prévention
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