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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 12:03

 

 

 

Du 26 au 28 avril 2010 a eu lieu aux Etats-Unis, à Bethesda dans le Maryland, une conférence de consensus sur la « Prévention de la maladie d'Alzheimer et du déclin cognitif ». Cette conférence a été organisée par le gouvernement américain (Institut National de la Santé : NIH). Il en est résulté un rapport « indépendant » (il ne reflète pas la position du gouvernement américain) rédigé par un groupe de professionnels de la santé et de représentants de la société fondé sur la littérature scientifique disponible au début de l'année 2010.

 

 

Les conclusions de ce rapport, très mesurées, sont les suivantes :

  • « Au cours des 20 dernières années, des études nombreuses, ont fourni des indications importantes sur la nature de la maladie d'Alzheimer, sur le déclin cognitif et sur l'ampleur du problème. Néanmoins, ces maladies restent un important et redoutable défi pour la recherche, en particulier dans le domaine de la prévention. Il existe de nombreuses études en cours ou en préparation qui peuvent offrir de nouvelles perspectives prometteuses en ce qui concerne les causes et la prévention de ces maladies.

  • Le déclin cognitif et la maladie d'Alzheimer sont des causes majeures de morbidité et de mortalité dans le monde. Ils représentent une lourde charge non seulement pour les personnes concernées, mais aussi pour leurs soignants et pour la société en général.

  • Des conclusions définitives ne peuvent pas être affirmées sur l'association entre des facteurs de risque modifiables d'une part, le déclin cognitif ou la maladie d'Alzheimer d'autre part.

  • Il n'existe pas de critères consensuels de haute fiabilité pour le diagnostic du déclin cognitif, des troubles cognitifs légers et de la maladie d'Alzheimer, et les critères disponibles n'ont pas été appliquées de manière uniforme.

  • Il y n'y a pas suffisamment de preuves pour appuyer l'utilisation d'agents pharmaceutiques ou de compléments alimentaires pour prévenir le déclin cognitif ou la maladie d'Alzheimer. Toutefois, des études supplémentaires en cours, incluant (mais sans s'y limiter) les médicaments antihypertenseurs, les acides gras oméga-3 , l'activité physique et l'activité cognitive peuvent apporter de nouvelles perspectives en matière de prévention ou de retardement du déclin cognitif ou de la maladie d'Alzheimer.

  • Des études de population à grande échelle et des Essais Contrôlés Randomisés sont absolument nécessaires pour investiguer les stratégies visant à maintenir les fonctions cognitives chez les personnes à risque de déclin, pour identifier les facteurs qui peuvent retarder l'apparition de la maladie d'Alzheimer chez les personnes à risque, et pour identifier les facteurs qui peuvent ralentir la progression de la maladie d'Alzheimer chez les personnes déjà diagnostiquées avec la maladie. »

 

Il est important de rappeler un certain nombre de points :

  • Le volume des études médicales consacrées aux maladies cardiovasculaires et aux cancers au cours du XX° siècle, et en particulier au cours de la deuxième moitié du XX° siècle, a été très important, beaucoup plus important que celui consacré aux démences en général et à la maladie d'Alzheimer en particulier. La médecine s'est en effet d'abord préoccupé de soigner les maladies qui touchaient, à l'époque, un plus grand nombre de personnes et de personnes jeunes.

  • En matière de médecine et de biologie, on distingue différents niveaux de preuves en matière d'association entre un facteur causal (comportement ou polluant par exemple) et une conséquence morbide (maladie par exemple). Ainsi, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC qui dépend de l'OMS) distingue différents niveaux de preuves sur les liens existants entre un facteur de risque (cancérogène) et le cancer pour les êtres humains : cancérogène, probablement cancérogène, possiblement cancérogène, inclassable, probablement non cancérogène. Cette classification est faite en fonction des études disponibles au moment où une synthèse est faite en tenant compte des études réalisées sur l'homme, des études réalisées sur les animaux, ainsi que d'autres études biologiques disponibles. Dans le cas de l'étude réalisée par le NIH sur la maladie d'Alzheimer, seules les études disponibles pour l'homme ont été prises en compte.

  • L'étude du NIH distingue différents facteurs favorisant la maladie d'Alzheimer.

    • Pour certains, elle indique que le degré de qualité des preuves est insuffisant (diabète, cholestérol, dépression, régime alimentaire avec peu de graisses saturées et beaucoup de fruits et légumes, médication comme l'utilisation de statines, consommation limitée d'alcool, style de vie, acide folique, tabagisme, ne jamais avoir été marié, avoir un faible soutien social...). Il s'agit donc de facteurs clairement identifiés comme ayant une influence sur la maladie d'Alzheimer mais pour lesquels il est souhaitable d'avoir des informations plus structurées.

    • Pour les autres facteurs, l'étude du NIH indique que les preuves consistantes d'association n'ont pas été trouvées (autres vitamines, acides gras, syndrome métabolique, tension artérielle, homocystéïne du plasma, obésité et Indice de Masse Corporelle (IMC), médications antihypertensives, Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), stéroïdes sexuels, solvants, champs électromagnétiques, plomb ou aluminium. Il s'agirait alors de facteurs qui sont peut-être non significatifs pour la maladie d'Alzheimer, compte tenu des connaissances actuelles, en tout cas qui semblent avoir un impact moins fort que les facteurs de l'alinéa précédent.

  • Il est à noter que l'étude du NIH mentionne de manière très claire (chapitre 2 : Quels facteurs sont associés avec la réduction du risque de déclin cognitif chez les personnes âgées ? - Paragraphe : Limitations) que le déficit en oméga-3, les facteurs de risque cardiovasculaire (en particulier une tension artérielle élevée), le syndrome métabolique, la dépression et les symptômes dépressifs, la perte de son conjoint, le manque d'activités physiques, le manque d'activités sociales (participation à des groupes, activités religieuses, peinture, jardinage...), le tabagisme, certains facteurs génétiques sont les facteurs les plus évidents de déclin cognitif (il s'agit d'autre chose que la maladie d'Alzheimer), même si les preuves sont encore insuffisamment établies.

 

 

Conclusions :

Il est important de noter que l'étude du NIH mentionne la plupart des facteurs de risque connus et mentionnés dans la littérature scientifique et repris ici (alzheimer.over-blog.fr) comme étant effectivement des facteurs de risque de la maladie d'Alzheimer ou de déclin cognitif. L'étude du NIH indique simplement que le niveau de qualité des preuves actuellement disponibles n'est pas du plus haut niveau possible. Elle appelle donc à un approfondissement des recherches pour lancer des études populationnelles à grande échelle et des études aléatoires dans la plus stricte orthodoxie scientifique.

L'intérêt de telles études est qu'elles permettront de passer d'un savoir qualitatif (on sait dans les grandes lignes quels sont les facteurs protecteurs et quels sont les facteurs de risque) à un savoir beaucoup mieux quantifié : connaître beaucoup plus précisément quels sont les poids relatifs des différents facteurs de risque connus. Ces études permettront d'affiner les connaissances déjà accumulées sans pour autant les bouleverser.

Cette conférence est donc, en fait, un appel majeur de la part des participants à un approfondissement de la recherche, à une meilleure coordination et donc, de manière indirecte, à une augmentation des fonds consacrés à la maladie d'Alzheimer afin que le degré de qualité des connaissances progresse significativement.

Concrètement, à partir de là, deux positions sont possibles. La première consiste à attendre les résultats des futures études quantitatives lourdes qui seront menées et qui ne paraîtront pas avant plusieurs années. La seconde consiste à se rappeler que les grands facteurs de risques et de protection sont déjà connus de manière qualitative et qu'il est temps de mener une vie plus saine pour bénéficier de toutes ses compétences intellectuelles durant toute sa vie terrestre.

 

 

 

 

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