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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 18:24

« L'agrément des repas - Prévenir & soigner Alzheimer à domicile »

 

 

Les repas sont des moments de convivialité traditionnels de nos sociétés et ils peuvent continuer à l'être avec un malade d'Alzheimer. Toutefois, au fur et à mesure de l'évolution de la maladie, il peut être nécessaire d'adapter les conditions et l'environnement des repas (choix des aliments, choix du couvert, présentation des plats...) pour qu'ils continuent à être des moments agréables tant pour le malade que pour son entourage.

 

 

Ambiance générale des repas

Une des conditions de la réussite avec un malade à un stade relativement avancé, est le calme, un calme souverain aussi bien dans les mouvements que dans les paroles : il convient d'une part de se déplacer doucement et calmement pour ne pas agiter le malade et d'autre part de parler distinctement et lentement parce que le malade a besoin de plus de temps pour comprendre et pour répondre.

Il est important aussi d'encourager, d'inciter le malade plutôt que de lui donner des ordres généraux ou de lui signifier les comportements erronés : mieux vaut « je t'ai préparé spécialement cette ratatouille que tu aimes beaucoup » plutôt que « Ne fais pas ceci... » ou « Assied-toi, il faut que tu manges » ou « finis ton dîner ». Quand le malade hésite quant à ce qu'il doit faire, donnez-lui des conseils simples « prends ta petite cuiller, si tu veux » ou « va-s'y, sers-toi en compote, maintenant ».

Vous pouvez aussi commenter ce que vous faites au malade et attirer son attention par un contact léger ou par un petit bruit sur la table : toute personne se sent en sécurité quand on lui parle sur un ton posé qui fait qu'elle se sent considérée comme digne d'attention.

Enfin, dans le même ordre d'idée, pour maintenir une atmosphère sereine tant pour l'entourage, pour vous même et pour le malade, souriez, soyez calme et, à cet effet, prenez votre temps autant que vous le pouvez.

 

Rangement

Pour faciliter la prise de décision du malade, un ordre très simple doit être organisé autour de son couvert. Tout ce qui n'est pas nécessaire au repas, et même au moment du repas concerné, doit être enlevé : les journaux, les plantes, les cadres, etc. d'une manière générale. Il vaut mieux introduire les couverts au moment où ils sont nécessaires que de tout installer dès le début du repas (petites cuillers, tasses, plateau à fromage, ou corbeille de fruits...). En fonction de l'état du malade, il vaut mieux étiqueter le sel et le poivre de manière claire voire même les retirer de la table.

 

Couverts

Il convient également de tenir compte des habiletés du malades pour utiliser des couverts adaptés. Certains malades ont du mal à serrer des couverts courants : il existe des couverts avec de très gros manches qui facilitent la préhension. D'autres malades, en tremblant, ne parviennent pas à saisir les aliments et à les porter à leur bouche : des couverts spéciaux d'un poids suffisants permettent une stabilisation des mouvements. Le malade peut avoir des difficultés à utiliser une fourchette : il peut être aussi simple de lui donner une cuiller. Des mouvements malhabiles peuvent entraîner des blessures des gencives : il existe des cuillers à bords souples qui limitent considérablement les risques. La rotation du poignet vers la bouche peut être difficile : on peut alors utiliser des couverts coudés. Enfin, à un certain stade, il est possible que le malade n'arrive plus à utiliser correctement quelque couvert que ce soit. La meilleure solution consiste à mettre à sa disposition de la nourriture à manger à la main : des parts de tarte, de quiche, de gâteau..., des bâtonnets des carrés ou des quartiers de légumes ou de fromages ou de fruits...

 

Un article spécifique sur les couverts sera publié dans les semaines qui viennent.

 

Il faut enfin se rappeler que le malade se sentira d'autant plus à l'aise qu'il se sentira accepté et qu'il verra qu'il est traité comme les autres personnes présentes, autant que faire se peut.

 

Assiettes

Certains experts indiquent que des assiettes et des tasses en couleur incitent les malades à boire et à manger jusqu'à 25% de plus, ce qui permet de lutter contre la dénutrition, problématique chez certains patients. Il convient de choisir la couleur de l'assiette de telle manière à faire ressortir celle de l'aliment : aliment rouge (tomate, saumon, viandes, cerises, fraises...) sur fonds vert, ou aliment jaune (œuf, poisson, légumes...) sur fonds bleu ou aliment vert (légumes, pâtisseries...) sur fonds jaune...

Il peut être intéressant de prévoir des assiettes profondes avec un rebord accentué qui facilitent la préhension des aliments avec les couverts en les coinçant contre le bord. Quand les habiletés courantes diminuent, il convient également de penser à acquérir de la vaisselle incassable qui évite les blessures.

Les napperons permettent de délimiter clairement la place du convive et évitent quelques impairs quand certains malades ont tendance à utiliser les couverts de leurs voisins. Il est intéressant de les prévoir antidérapants pour faciliter les repas. S'il convient que les napperons soient de couleur unie (cela évite que le malade ne se perde dans leur exploration visuelle), leur couleur doit être contrastée avec les couleurs du couvert utilisé pour permettre un repérage facile de tout ce qui y est posé. Il convient également d'éviter que la nappe comporte des dessins : comme pour les napperons, il est préférable que la nappe soit unie.

 

 

Aliments

Avec le temps, le malade va éprouver des difficultés à couper, à prendre, à mâcher, voire à avaler les aliments. De petites interventions amèneront de grands résultats en simplifiant considérablement les repas du malade en fonction de son état.

Des portions normales peuvent apparaître trop grosses à certains malades qui, parfois, s'en plaignent et pensent être incapables de les manger. Il vaut mieux alors leur servir de petites portions à plusieurs reprises, une fois qu'ils ont vidé leur assiette.

Des morceaux nécessitant d'être coupés avec un couteau peuvent entraîner des difficultés à partir d'un certains stades. Il est possible, soit de découper les aliments en petits morceaux (poulet) ou de donner des aliments qui peuvent être coupés avec le côté de la fourchette (légumes suffisamment cuits). Les purées, quand le malade peut facilement utiliser une cuiller, sont également d'un intérêt non négligeable...

Quand il sera plus simple que le malade mange avec ses doigts, il conviendra de prévoir des aliments découpés à la taille d'une petite bouchée, facilitant tant la préhension que la consommation, la mastication et la déglutition.

Enfin, pour faciliter la consommation et l'appétit du malade, des assaisonnements donnent souvent d'excellents résultats. Il faut simplement se rappeler qu'il convient d'explorer le type d'assaisonnements que le malade apprécie (épices, crèmes, huile d'olive, moutardes, sauces sucrées, sauce tomate, béchamel....).

 

 

Boissons

Il est important de les servir dans des contenants incassables, faciles à prendre et à tenir et, comme pour les assiettes, colorés afin de faciliter la vision de la boisson dans le verre, la tasse ou le bol utilisé. Il peut être intéressant d'utiliser des tasses munies de deux anses qui facilitent la préhension quand les habiletés courantes font défaut. Une paille peut souvent faciliter l'absorption de la boisson. En outre, si le malade est sujet à des tremblements, il est utile d'avoir des verres et des tasses d'un poids suffisant. Dans ce cas (tremblements), il vaut mieux servir le malade lorsqu'il est bien installé à une table afin d'éviter les renversements malencontreux sur les vêtements.

Pour éviter les brûlures avec les boissons chaudes, il convient, si nécessaire, de vérifier la température avant de les servir : le malade peut avoir perdu l'habitude de le faire, ou ne pas réellement prêter attention au danger de la chaleur. Pour refroidir rapidement, il suffit de rajouter du liquide froid ou de mettre un glaçon.

 

Siège

La position assise doit être aussi confortable que possible pour faciliter les repas et éviter que le malade ne quitte son siège avant d'avoir terminé. Le choix du siège est alors un élément important pour faciliter le confort du malade.

Un siège avec des bras permettra au malade de s'asseoir et de se relever plus facilement en s'appuyant sur les bras. En outre, il maintiendra la personne en place de manière efficace. Un siège rembourré (assise et dossier) sera plus confortable et permettra au malade de rester plus longtemps assis avant que les douleurs ne se manifestent. Les pieds doivent reposer bien à plat, soit directement sur le sol, soit sur un repose-pied.

Le malade doit être assis aussi près que possible de la table. La hauteur entre la bouche et les aliments est, selon les spécialistes, idéale entre 20 et 30 cm (20 à 25 cm pour les liquides et les purées, 25 à 30 cm pour les autres aliments), ce qui représente une hauteur plus basse que les hauteurs habituelles.

Il vaut mieux que le malade ne soit pas distrait quand il prend ses repas. Si son regard est trop attiré par un spectacle (fenêtre, enfants, passages, télévision...), il vaut mieux tourner sa chaise dans une autre direction (ou éteindre la télévision).

 

Si la personne est dans un fauteuil roulant, il est préférable autant que faire se peut, de la transférer dans une siège du type décrit précédemment pour les repas. A défaut, il faut régler la chaise de manière à placer la personne aussi près que possible de la table (repli des bras du fauteuil, si nécessaire) et dans une position qui lui permette facilement de prendre ses repas (hauteur notamment).

 

Protections

La mise en place d'une protection contre les tâches et les salissures facilite considérablement la vie des aidants en limitant les besoins de changement de vêtements, de nettoyage et de repassage avec les difficultés que cela peut présenter.

On peut utiliser des serviettes (grandes), des bavoirs ou des bavettes en tissu, en plastique, en toile cirée. On peut aussi utiliser des tabliers de cuisines ou des blouses qui ont l'avantage de couvrir une grande surface de vêtement voire même d'avoir des manches. Certains vêtements avec une phase visible en tissu ont une doublure imperméable fort utile en cas de renversement de liquide. Il s'agit de trouver le meilleur compromis entre l'efficacité de la protection (en fonction de l'état du malade, du stade de sa maladie et de ses habilités) et l'acceptation par le malade du matériel de protection.

Une des clefs du succès en matière d'acceptation par le malade des vêtements de protection est que les aidants, les convives portent eux-mêmes le même type de vêtements de protection : ainsi le malade se sent inclus dans une pratique à laquelle tous participent.

 

 

En conclusion, pour faciliter les repas, il convient d'adapter progressivement les habitudes et les usages pour tenir compte de l'état du malade, introduire de nouveaux ustensiles et couverts au fur et à mesure où ils rendront service, en souplesse, en douceur et en sérénité, avec l'accord au moins tacite du malade (pas d'épreuve de force : il vaut mieux commencer par s'appliquer à soi-même ce que l'on se propose de faire pour le malade, si cela facilite les évolutions), tout en montrant au malade qu'il fait partie de la communauté et qu'il est traité semblablement (mais non identiquement) aux autres personnes qui prennent leur repas en même temps que lui.

 

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