Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 10:00

 

 

La maladie d'Alzheimer transforme progressivement et profondément le malade avec le temps. Les étapes se suivent et s'aggravent progressivement privant petit à petit le malade de certaines de ses ressources intellectuelles, physiques...

 

Une des difficultés majeures que rencontrent de très nombreux aidants est le fait qu'ils n'acceptent pas l'évolution du malade, ce qui tend à compliquer les relations avec lui, à mettre le malade sous pression...

Cette façon de considérer le malade et sa maladie n'est généralement pas clairement consciente dans l'esprit des aidants ou de l'entourage : elle part d'ailleurs, le plus souvent, d'un bon sentiment. En effet, comment une personne qui dispose encore de ressources importantes peut-elle ne plus arriver à faire ce qu'elle pouvait faire encore quelques semaines auparavant. Un petit effort devrait suffire, c'est un mauvais moment à passer qu'un peu d'entraînement va permettre de régler pour revenir à un état plus « normal ». C'est si simple, il suffit d'un peu de bonne volonté, d'un peu de stimulation, d'une incitation bien dosée...

Mais cette incitation devient, en fait pour le malade, une pression qui lui fait ressentir son manque d'aptitudes, son altération, sa « déchéance », voire son « naufrage » selon le mot d'un illustre écrivain... De manière trop évidente, le malade ressent ses nouvelles incapacités et il est brutalement remis face à ses échecs plutôt que devant les réussites qui peuvent encore être les siennes.

Suivant le caractère du malade, il pourra sombrer dans la mélancolie ou se révolter contre le sort qu'on lui fait subir, il pourra se replier en lui-même ou manifester sa colère face à ceux qui l'humilient.

 

En partant d'une ambition qui ressemble à celle que l'on peut avoir pour un enfant que l'on élève, que l'on souhaite faire grandir, une ambition noble en définitive, mais inadaptée au cas d'espèce, trop exigeante face à la maladie, l'aidant, en voulant bien faire, fait dépasser les capacités de son malade, qui se retrouve immergé dans son incapacité, submergé sous des sentiments mauvais, aliéné à l'image qu'il souhaite avoir de lui-même. Il devient évident, pour le malade, qu'un écart immense existe entre la personne dont il a l'idéal en tête et la personne réelle, vivante, malade qu'il est devenu : il ne peut plus faire ce qu'il imaginait pouvoir réaliser, être celui qu'il imaginait être. Il change radicalement son état d'esprit soit en détruisant son rêve, soit en détruisant la réalité.

 

Que peut-on faire alors ?

En terme de prévention, il est important que le malade garde la certitude de faire partie de la société à laquelle il appartient, à sa famille, à ses amis... Il est important qu'il y soit accepté et qu'il s'y sente utile et apprécié. Lui confier des activités courantes utiles et à sa mesure, le traiter comme les autres membres du groupe familial ou social (modalités d'alimentation, habillements de protection...), le faire participer à des activités gratifiantes pour lui, qu'il peut réussir en fonction de ses capacités participe pleinement à cet objectif.

En terme de réparation, deux situations opposées sont à envisager suivant que le malade préfère plutôt conserver son idéal ou préfère plutôt s'adapter à la réalité.

Dans le premier cas, où ce sera plutôt la révolte et le refus qui l'emporteront, il convient de rasséréner le malade et de reconstruire les liens avec lui. Dans un premier temps, la colère étant ce qu'elle est, il est important de la laisser s'exprimer pour qu'elle se calme. A cet effet, il est souvent nécessaire de prendre du champ, de laisser la personne en colère avec elle-même le temps nécessaire. Il sera important ensuite, une fois les manifestations de colère passées, de faire démontrer au malade qu'il dispose encore de compétences et de ressources importantes en lui confiant des tâches à sa mesure, en lui confirmant qu'il est apprécié, qu'il existe aux yeux de ceux qui lui sont chers, en la valorisant tant vis-à-vis de lui-même que vis-à-vis de son milieu social.

Dans le second cas, il conviendra d'aider le malade à reconstruire une estime de soi stable et durable. Dans un premier temps, il est important qu'il se rassure vis-à-vis de lui-même en réalisant des activités habituelles qui lui plaisent, qui le passionnent et dans lesquelles il excelle. Si, idéalement, il est important de trouver des activités suffisamment difficiles pour l'absorber entièrement et suffisamment faciles pour qu'il y réussisse, il vaut mieux commencer à choisir des activités simples qu'il réussira à tout coup plutôt que des activités à risque d'échec. Si ces activités sont vraiment trop simples, le malade se lassera rapidement et voudra passer à une autre activité. Il est donc utile de prévoir plusieurs activités successives simples où l'entourage pourra constater la réussite du malade et le lui manifester clairement et explicitement. Des activités plus exigeantes pour le malade pourront ensuite être introduites, progressivement, à petites doses, qui lui démontreront ses compétences de manière évidente, qui remonteront son estime de lui, qui lui permettront de remonter son niveau d'exigence personnelle à un niveau plus satisfaisant.

 

Il faut se souvenir que donner des défis trop élevés aux personnes, qu'elles soient malades ou bien portantes, est un facteur très fort de démotivation. Dans ses grandes années, IBM avait forgé un moral de gagneurs parmi ses très nombreux employés en prenant l'habitude de fixer des objectifs réellement atteignables par chacun.

 

Une des clefs de l'accompagnement réussi des malades d'Alzheimer est donc d'adapter, chaque jour, la complexité des activités confiées aux capacités disponibles du malade. Ce n'est pas la seule clef, ce n'est pas la clef universelle, mais c'est une clef importante, c'est une clef qui ouvre vers un meilleur moral du malade et donc vers une vie plus sereine pour le malade et ses aidants...

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires