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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 15:51

 

 

L'Académie Américaine de Neurologie a édicté en 2010 de nouvelles recommandations sur la conduite automobile par les malades d'Alzheimer.

Ces recommandations résultent d'une recherche dans toute la production d'articles scientifiques écrits sur la question.

En premier lieu, il est important de noter que, selon les recommandations, la conduite automobile ne fait nullement l'objet d'une interdiction dès que le diagnostic de maladie d'Alzheimer a été posé. Il existe certes des risques, mais il est possible de laisser conduire les malades en phase primitive de la maladie. Toutefois, les restrictions arrivent relativement rapidement. Sur une échelle de démence de 0 (absence de démence au sens médical du terme) à 3 (démence sévère), quand la démence est très légère (0,5 sur l'échelle), il est le plus souvent possible de laisser le malade conduire. Par contre, dès qu'elle devient légère (1 sur l'échelle), il convient d'être beaucoup plus prudent et d'analyser la situation de manière très précise.

Les recommandations indiquent que la décision d'autoriser le malade à conduire ou à ne plus conduire doit être prise par un médecin. Toutefois, il est raisonnable de s'entourer de l'avis des personnes qui connaissent bien le malade et, autant que possible, d'arriver à un accord avec le malade, avec les difficultés que cela peut présenter (notamment en cas de déni des risques de la part d'une partie de l'entourage ou du malade lui-même).

 

Les critères à prendre en compte sont divers :

  • mesure des capacités cognitives (mémoire, jugement, résolution de problèmes...),

  • avis de l'entourage sur la capacité de conduire du malade (il est important que des tiers observent le malade conduire et donnent leur avis sur ses habiletés dans cette activité : cf. tableau ci-dessous),

  • évitement de certaines situations de conduite délicates pour le malade (nuit, pluie...),

  • historique d'infractions routières du malade,

  • habitude de conduire (le seuil de 100 km par semaine semble être un minimum : en-dessous de cette distance, l'habitude est insuffisante),

  • traits de personnalité (agressivité ou impulsivité),

  • autres problèmes médicaux (vision, audition...)...

 

Bref, si l'on suit les recommandations de l'Académie Américaine de Neurologie, lors de la première phase de la maladie d'Alzheimer, de nombreux malades peuvent encore conduire, sous réserve d'une réévaluation régulière de leurs capacités.

 

D'un simple point de vue de bon sens, il faut noter que la limitation de conduite peut être graduelle : conduite dans certaines circonstances (éviter la nuit, les axes très fréquentés, les villes complexes...), dans certains périmètres (sur les routes que le malade connaît depuis très longtemps), avec ou sans accompagnateur, dans un véhicule où l'accompagnateur a accès au frein à main pour intervenir en cas d'urgence...

 

Quand il conviendra de ne plus laisser le malade conduire, il vaudra mieux le faire avec son accord, si cela est possible, et, de toute façon, il sera nécessaire d'organiser l'impossibilité de conduire pour le malade (qui pourrait oublier son éventuel accord) en mettant les clefs du véhicule en sûreté, voire en immobilisant le véhicule (coupe-circuit électrique spécifique, débranchement de la batterie...). En cas de difficultés, en France, il est possible de faire appel à la commission médicale départementale qui pourra statuer en dernier ressort sur le maintien du permis de conduire du malade. Il s'agit néanmoins d'une mesure brutale qu'il sera nécessaire de gérer psychologiquement.

 

Il faut néanmoins noter que, si un malade est à l'origine d'un accident, la responsabilité des personnes ayant laissé le malade conduire pourrait être recherchée pour mise en danger des tiers et l'assureur pourrait se retourner contre le malade pour lui faire supporter les frais. Il convient donc d'être particulièrement prudent quant aux responsabilités que l'on accepte de prendre.

 

 

Tableau : Éléments dangereux pour la conduite automobile

 

Mauvaise signalisation des manœuvres (utilisation du clignotant…)

Difficultés dans les virages

Circulation sur la mauvaise file

Erreur de sortie

Stationnement inadapté

Choc sur les bordures ou les trottoirs

Vitesse inadaptée

Délai de réponse lors de situations imprévues

Absence d’anticipation de situations dangereuses

Plus grande irritabilité ou agitation au volant

Éraflures ou bosses sur la voiture

Égarement dans des lieux normalement familiers

Accidents évités de peu (« presque accidents »)

Contraventions pour non respect des règles de circulation

Accident automobile

Confusion entre l’accélérateur et le frein

Arrêts dans le trafic sans raisons

(Source : JEAN ROCHE, Conduite automobile et maladie d’Alzheimer, Psychologie et NeuroPsychiatrie du Vieillissement 2005 ; 3 (3) : 163-8)

 

 

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